Imaginez un petit capteur fixé au mur ou au plafond. Il ne possède aucune caméra. Pourtant, il peut savoir combien de personnes sont présentes dans la pièce, suivre leurs déplacements, distinguer plusieurs zones et déclencher une alerte lorsque le nombre d’occupants dépasse un seuil. Ce produit existe : c’est l’Aqara Spatial Multi-Sensor FP400.
Sur le papier, le FP400 représente presque tout ce que la domotique moderne promet de meilleur : des automatisations beaucoup plus intelligentes, sans filmer les occupants. Mais une fonction mise en avant par Aqara elle-même pour les locations de courte durée montre aussi à quel point la frontière entre maison connectée et surveillance invisible devient fine.

Un radar 60 GHz qui « voit » la pièce sans produire d’image
Contrairement à une caméra, le FP400 utilise un radar millimétrique à 60 GHz. Il n’enregistre donc ni visage ni vidéo. Le capteur analyse les réflexions des ondes radar afin de détecter une présence, une position et des mouvements dans l’espace.
Aqara annonce un suivi en temps réel de jusqu’à 10 personnes simultanément. La pièce peut être divisée en jusqu’à huit zones personnalisées et la détection repose sur une grille de 0,5 m × 0,5 m. Le fabricant utilise une antenne MIMO 4T4R et affirme obtenir un nuage de points nettement plus dense que sur la génération précédente.
Concrètement, la maison ne sait plus seulement qu’« une personne est présente ». Elle peut savoir que quelqu’un se trouve près du canapé, qu’une autre personne est dans la zone repas, qu’un occupant s’approche d’un endroit précis ou que plusieurs personnes sont présentes en même temps.

Et c’est là que cela devient impressionnant… puis légèrement inquiétant
Pour la domotique, cette précision est extrêmement intéressante. Une lumière peut s’allumer uniquement lorsqu’une personne entre dans une zone précise. Le chauffage ou la climatisation peuvent adapter leur fonctionnement au nombre d’occupants. Une scène « cinéma » peut se lancer lorsqu’une personne reste plusieurs secondes sur le canapé.
Aqara documente également le comptage des occupants et propose des scénarios basés directement sur ce nombre. Mais le cas d’usage le plus sensible concerne les locations de courte durée.
Exemple officiel Aqara : lorsque le nombre de personnes détectées dépasse 4, une notification peut être envoyée à l’hôte ou au gestionnaire du logement.
Aucune caméra. Aucun visage enregistré. Pourtant, le propriétaire peut être averti qu’un certain nombre de personnes se trouvent dans le logement.
Techniquement, c’est une démonstration brillante de ce que permet le radar mmWave. Du point de vue de la vie privée, elle soulève une question beaucoup plus inconfortable : à partir de quel moment un capteur domotique devient-il un outil de surveillance ?
Pas de caméra ne veut pas dire pas de données
L’absence d’image réduit évidemment certains risques. Le FP400 ne peut pas enregistrer une conversation vidéo, reconnaître un visage ou capturer une scène intime comme le ferait une caméra mal sécurisée.
Mais les données de présence peuvent elles aussi révéler beaucoup de choses. Selon la configuration, un système peut connaître :
- le nombre de personnes présentes dans une pièce ;
- leur position approximative dans l’espace ;
- les zones occupées ;
- les mouvements d’approche ou d’éloignement ;
- le fait que les occupants soient globalement immobiles ou en mouvement ;
- les horaires auxquels certaines zones sont utilisées.
Pris séparément, chaque signal paraît anodin. Mais combinés au fil du temps, ces événements peuvent décrire assez précisément la manière dont un logement est occupé.
Le FP400 n’est pas infaillible : le comptage peut se tromper
Il faut également éviter de présenter le FP400 comme un système de localisation parfait. La propre documentation technique d’Aqara indique que la séparation de plusieurs personnes fonctionne mieux lorsqu’elles sont espacées d’environ un mètre.
Lorsque plusieurs occupants sont proches, les nuages de points peuvent se mélanger. Aqara précise même que, dans un environnement avec plusieurs personnes, le compteur peut présenter un écart de 1 à 3 personnes. Le constructeur recommande donc de considérer le comptage comme une tendance lorsque la précision absolue est indispensable.
C’est un détail essentiel si ce type de capteur sert un jour à déclencher automatiquement une alerte de « suroccupation ». Une notification n’est pas nécessairement une preuve.
Huit zones de 50 cm : une nouvelle génération d’automatisations
Pour un usage domestique classique, le FP400 reste néanmoins l’un des capteurs les plus intéressants du moment. La précision par zones ouvre des scénarios beaucoup plus naturels que les anciens détecteurs PIR.
Un détecteur de mouvement traditionnel peut considérer une pièce vide parce qu’une personne reste immobile devant la télévision. Un radar mmWave est justement conçu pour détecter des micro-mouvements et maintenir l’état de présence.
On peut alors imaginer :
- un éclairage différent pour le canapé et la table à manger ;
- l’extinction automatique d’une zone réellement vide ;
- une climatisation adaptée au nombre de personnes ;
- une alerte lorsqu’un enfant s’approche trop près d’une zone définie ;
- des scénarios de présence beaucoup plus fiables pendant une période d’immobilité.
Le FP400 prend en charge Zigbee et Matter over Thread. Attention toutefois : les fonctions les plus avancées, notamment la création des zones personnalisées, nécessitent la configuration via Aqara Home avec un hub Aqara compatible. Une connexion directe à un écosystème Matter tiers ne donne pas accès à toutes les possibilités du capteur.
Le vrai sujet n’est peut-être plus « caméra ou pas caméra »
Pendant des années, la question de la vie privée dans la maison connectée s’est concentrée sur les microphones et les caméras. Les capteurs radar changent progressivement cette logique.
Ils montrent qu’un système peut obtenir une connaissance très fine de l’occupation d’une pièce sans jamais produire une seule image. C’est justement ce qui les rend à la fois séduisants et difficiles à percevoir comme un dispositif de surveillance.
Dans son propre logement, lorsque l’utilisateur choisit l’installation et maîtrise ses automatisations, le bénéfice est évident. Dans une location, une chambre, un bureau ou un logement occupé par des personnes qui n’ont pas choisi le dispositif, le contexte devient beaucoup plus sensible.
La bonne question n’est donc probablement plus seulement : « y a-t-il une caméra ? »
Elle devient : « quelles informations ce capteur produit-il, qui peut y accéder et quelles décisions peuvent être déclenchées à partir de ces informations ? »
Notre avis : une technologie fascinante qui oblige à redéfinir la vie privée
Le FP400 n’est pas, par nature, un produit inquiétant. Son radar permet même d’obtenir des automatisations avancées tout en évitant les images, ce qui constitue un vrai avantage par rapport à une caméra intérieure.
Mais le scénario de suroccupation mis en avant par Aqara démontre parfaitement qu’un capteur « respectueux de la vie privée » peut aussi devenir un outil de contrôle selon la manière dont il est déployé.
La domotique franchit ici un nouveau cap : la maison n’a plus besoin de nous voir pour savoir que nous sommes là.
Sources : documentation et fiche produit officielles Aqara Spatial Multi-Sensor FP400 ; communiqué de lancement Aqara du 16 septembre 2026 ; article de Clubic du 16 septembre 2026. Les caractéristiques et limites citées proviennent principalement de la documentation constructeur.
Fiche officielle Aqara FP400 ·
Documentation technique Aqara ·
Article source Clubic


